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Portrait volé
Datte: 21/07/2021, Catégories: fh, hplusag, jeunes, forêt, campagne, amour, soubrette, jalousie, dispute, pénétratio, jeu, mélo, portrait, historique,
... qu’il tombât amoureux d’une jeune fille simplement en contemplant une miniature peinte sur ivoire. Je lui ai dit que sans doute ce portrait était enjolivé, mais lui, dans sa ferveur, rassemblait ses souvenirs de vous et me disait qu’il était sûr au contraire que le peintre était encore en dessous de la vérité… Vincent s’est mis à vous décrire, à me raconter tout ce qu’il savait de vous depuis que vous étiez venue au monde, vos rencontres, vos jeux, votre enfance… Il était intarissable et moi je l’écoutais sans déplaisir. Son récit me faisait oublier la douleur de mon deuil et j’entrevoyais avec joie l’union de mon ami avec une femme qui ressemblait dans ses manières et sa beauté à celle que j’avais perdue. Je ne pouvais rêver mieux pour Vincent. Même s’il me dit aussi que votre union avait été décidée par vos parents respectifs, de très longue date.— Mon mari vous a raconté cela ?— Oui… et bien d’autres choses encore. À l’époque, il ne souhaitait pas ce mariage car il ne relevait ni de son désir ni du vôtre ; mais votre portrait a opéré dans son cœur un changement radical. Il a compris à quel point ses parents et les vôtres avaient choisi pour lui la jeune fille la plus conforme à tous ses désirs… et s’il n’avait eu à me soutenir, je crois sans peine qu’il serait parti dans les trois jours vous rejoindre et vous assurer de ses sentiments. Mais il ne voulait pas me laisser seul. Il avait peur que j’attente de nouveau à ma vie… aussi, il prolongea son séjour de longs mois… et ...
... pour me distraire, me parla de vous chaque jour alors que nous soignions mes terres et les serres que j’avais délaissées pendant plus de six mois. Et peu à peu, ses confidences d’amoureux transi me sortaient de mon chagrin, je reprenais le goût de vivre. J’attendais le soir devant un bon marc, au coin de la haute cheminée de pierre du salon, qu’il me lise les lettres de son grand-père et les nouvelles qu’il donnait de vous et de votre père qui était bien malade… J’ai su en quelques mois toute votre vie dans ses moindres détails. Et j’aimais cela. J’avais l’impression d’être moi aussi devenu votre amant… Là, François s’interrompit et fixa son interlocutrice avec feu. Élise détourna les yeux en rougissant. Son cœur battit la chamade lorsque le comte lui demanda avec un sourire moqueur : — Je vous choque ?— Que vous importe ! balbutia la jeune femme. À nouveau, François de Saillant sourit. Un sourire poli qui cachait mal sa joie d’avoir amené ce trouble sur le visage d’Élise de Beauregard. Il prenait une revanche sur tout ce qu’il avait enduré de chagrin, d’amour refoulé pour elle, et il en avait conscience. Mais, magnanime, voulant ménager la susceptibilité de la jeune femme tout en allant toujours plus loin dans la confidence, puisqu’elle le lui avait ordonné, le comte s’enfonça plus profondément dans son fauteuil et d’un ton doux répondit : — Je comprends votre émoi… mais alors, je n’aurais jamais osé prétendre à plus que rêver de vous… Ce ne fut que lorsque Vincent, voyant ...