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55.5 Après le déluge (partie 2, Gruissan – Toulouse)
Datte: 04/03/2018, Catégories: Entre-nous, Les hommes,
... faire la gueule, mais il chercherait à savoir ce qui s’est vraiment passé. Car Thibault n’est pas un mouton, ce n’est pas parce qu’il est fidèle en amitié, qu’il approuve toujours les comportements de son pote ; je ne pense pas qu’il l’aurait cru aveuglement si ce dernier avait essayé de m’adosser toute la faute de notre bagarre. Non, ce silence, ce n’est vraiment pas son genre. Alors, de plus en plus, je me demande si vraiment le bomécano est au courant de ce qui s’est passé. Demain je vais le voir, c’est décidé. S’il y a malaise, je tenterai de le dissiper ; et s’il y a autre chose derrière son silence, je serai fixé. Nous venons de passer la sortie de Villefranche de Lauragais, la dernière avant le périf ; dans une demi-heure, je serai à la maison. En passant le péage, l’angoisse m’envahit. Philippe, à la place du passager, roupille paisiblement. J’ai envie de dire à Elodie de s’arrêter, de me laisser un peu de temps pour me préparer à ce retour. Mon regard croise le sien dans le rétroviseur. L’inquiétude doit se lire en lettres de feu sur mon visage. « Ca va aller, mon cousin ? ». « Oui, ça va aller… ». Sauf que non, ça ne va pas aller du tout. Le périph’ défile trop vite ; de la même façon, trop vite, je retrouve les allées, les façades, le profil familier de la ville rose, la maison. Malgré le grand sourire et les mots adorables avec lesquels maman vient m’accueillir, la vitesse à laquelle tout s’enchaîne m’est insupportable. Elodie vient de partir, je monte dans ma ...
... chambre ; je m’assois sur le lit et d’un seul coup, un coup extrêmement violent, tout remonte en moi : les souvenirs, tant de souvenirs. Je croyais avoir épuisé la source de mes larmes : je me trompais. Je croyais aussi être guéri de mon chagrin : je suis seul dans ma chambre et j’ai envie de crever. Samedi 25 août 2001 Le t-shirt noir dépassant du zip largement ouvert de son bleu de travail couvert de cambouis, la tête sous le capot d’une jolie voiture de sport, Thibault a l’air très appliqué à sa tache. C’est émouvant de voir ce p’tit mec soigner toujours autant son travail. L’heure est bien choisie : il est 17 heures et je sais qu’il ne va pas tarder à débaucher. J’attends que le bomécano capte ma présence pour lui adresser un petit coucou. Un petit coucou qu’il me retourne, certes ; pourtant, ce beau sourire chaleureux et bienveillant auquel il m’a habitué, n’est pas de la partie. Thibault referme le capot de la voiture, raccroche les outils au tableau, se nettoie les mains dans un essuietout déjà sale. Un instant plus tard, il approche de la grande porte du garage, en marchant droit dans ma direction. Je traverse la route pour aller à sa rencontre. Le bomécano a les mains et les avant-bras noirs, il a même des traces sur le visage : mais même couvert de cambouis de la tête aux pieds, il est beau, vraiment beau. Pourtant, ses beaux yeux noisette tendant au vert ont l’air si tristes, si inquiets aujourd’hui. « Salut Nico » fait-il, sans tenter la bise. « Salut Thibault… ». « ...