1. Bureau derrière la porte


    Datte: 12/12/2018, Catégories: fh, Collègues / Travail amour, intermast, Oral

    La chaleur frappe les vitres du bureau. Les stores sont impuissants à l’arrêter, le soleil se glisse tout puissant et invincible entre les lamelles de tissu. Ils ne sont peut-être pas assez tirés, de toute façon, maintenant il est trop tard, avec ce poids qui me tombe sur les épaules, cette sueur qui trempe ma chemise, mon ardeur au travail s’estompe avec les minutes. Il y a peu ou pas de bruit, à croire que chacun s’est réfugié là où il le pouvait pour échapper à cette torpeur qui nous saisit tous les étés et contre laquelle on n’a encore absolument rien tenté, si ce n’est la distribution de quelques ventilateurs peu efficaces et de bouteilles d’eau. Heureusement, nous disposons d’un frigidaire. Mais pour l’instant, je n’ai pas envie de quitter ma chaise. Le compte-rendu à rédiger me pèse et m’ennuie profondément. Cette prose administrative obligée me répugne et me paraît totalement ennuyeuse en cet après-midi. Il y aurait mieux à faire dehors, à l’ombre d’arbres aux ramages généreux, à peine agités d’un très léger souffle d’air. La mer, la plage sont bien trop loin. Il n’y a pas de piscine ni le plus petit plan d’eau, rien qu’une mare, même un peu sombre, perdue au cœur de la forêt. J’en connais bien une ou deux mais elles sont loin, très loin d’ici. Je pense alors à une histoire écrite il y a quelques mois. Je lui avais proposé de l’illustrer à trois, mais elle n’a jamais répondu favorablement à mes sollicitations pourtant parfois pressantes. Par pudeur tout simplement, ...
    ... il est vrai que l’image peut parfois être un viol. Je vais lui envoyer un message. Elle est à quelques dizaines de mètres de moi à l’étage, dans un bureau identique au mien mais à l’ombre, avec une vue sur le parc et ses arbres, plutôt majestueux. Elle m’en parle souvent dans les petits mots que nous nous adressons au fur et à mesure que nos journées respectives s’écoulent. Avec eux, par leur entremise, nous accédons à un autre univers, irrémédiablement différent de celui de notre quotidien austère, hiérarchisé à l’extrême, pas répugnant mais presque révulsant quand on n’est pas dans ce fameux moule. Ce monde à part, construction pas uniquement théorique car nous nous y retrouvons avec toujours autant d’enthousiasme, nous l’avons dénommé « troisième bulle ». C’est un cercle qui nous éloigne et qui nous permet d’échapper à la pression des autres mondes. Oh, il n’est pas tout à fait hermétique ou étanche, car parfois des intrus parviennent facilement à en briser la coquille fragile et à nous perturber dans nos entreprises charnelles. Un clic, un mot de passe à écrire, heureusement qu’il existe celui-là, car certaines aiment bien venir miroiter votre écran afin de découvrir une faille dans notre système, surtout quand on les intrigue. De toute façon, nous ne sommes pas impunis, il y a bien quelque part un superviseur qui connaît les termes de nos échanges entre elle et moi. Où en sommes-nous d’ailleurs ? Je retrouve facilement notre dernier mot. Voilà, j’y suis. Ah, nous étions ...
«1234...»