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Toujours mais pas tout le temps
Datte: 29/09/2017, Catégories: fh, journal, ecriv_f,
... chercher ma voie dans le plus pur style moderne. Femme amoureuse, maîtresse de maison accomplie, cercle d’amis, loisirs en commun, liberté d’avoir chacun sa vie sociale. Couple parfait. Au final pour me rendre compte qu’il finissait toujours par passer un mec dans mon champ de vision qui me semblait infiniment plus érotique que celui qui était dans mon lit. Craquer, tromper, changer la donne, recommencer la même partie. Dix ans. J’ai décidé de poser le paquet sur la table. Cartes visibles. Et j’ai étudié mon jeu. Joli jeu. Mauvaise manière de jouer. J’avais envie d’une belle garde contre. Dure à jouer. Ne pardonnant pas la moindre faute. Gratifiante. Je la joue. Tous les jours, je joue contre moi, contre la vie, contre le mauvais temps, contre mes amis, contre mes amants, contre le boulot. Contre. Ce soir-là, pour un court instant je l’ai laissé me donner l’illusion que j’avais appelé le bon roi. « Je serai toujours là pour toi, Elodie. Mais pas tout le temps ». J’ai fait comme si je ne savais pas que « pas tout le temps » veut dire « ne me demande rien, je ne suis pas disponible pour toi ». J’ai laissé mes terreurs venir à moi. Toute résistance est futile. J’avais perdu la main, mieux valait jouer mes mauvaises cartes. Attendre le bon moment pour poser un atout. Regarder mon adversaire jouer. Mon adversaire. Unique et omniprésent. Incontournable. Mon ennemi intime. Que je connais par cœur et qui me prend toujours par surprise. Cette fille à qui j’essaye d’apprendre depuis ...
... des mois qu’elle n’est pas une victime. Qu’elle n’a pas besoin d’un mec pour vivre dans cette fichue société. Toujours entre la négociation et l’engueulade. Entre cajoler et exhorter. Je croyais que j’avais fini par me convaincre, que je n’étais pas obligée d’être amoureuse pour exister. Et en même temps j’avais choisi comme égérie le mec le plus à l’opposé de moi. Tellement normal que c’en est insoutenable. Beau gosse, mais pas de manière ostensible, de grands yeux d’ambre scrutateurs, la voix délicieusement rauque, les gestes lents et assurés. La répartie prompte, l’esprit vif. Le poil brillant. Une vie toute programmée devant lui, famille, carrière, potes, beuveries du vendredi soir. Tout ce que je refuse d’être, la personnification de la manière de vivre que j’ai rejetée après l’avoir testée dix ans. Ça avait un côté rassurant de tomber amoureuse d’un mec comme ça, genre je-ne-suis-pas-perdue-pour-la-société, puisque c’est ce genre d’hommes qui m’attire. Je ne suis pas qu’une fille dénuée de sentiments : si je rêve d’avoir plusieurs amants, c’est pour enfin arriver à ne pas laisser un seul homme prendre toute la place disponible dans ma vie. Si j’ai appris à aimer les plans-cul, c’est pour dénier à l’Amour le droit exclusif de me faire planer. Si je fantasme sur un mec comme lui dans mon lit, c’est parce qu’entre lui et un mec rencontré en boîte, un soir d’envie de plaisir à se taper la tête contre les murs, il y a la même différence qu’entre aller chez Quick et se cuisiner ...