1. La vie...


    Datte: 07/12/2017, Catégories: nonéro,

    ... qu’elles n’y sont plus. Elles, en plus, même adaptées à cette situation, elles culpabilisent aussi parce que le système, le modèle social et éducatif fonctionne toujours sur les schémas anciens. Papa au travail, maman à la maison. Et certaines commencent à se dire que même si elles ont le droit de travailler, elles prennent la place d’un homme et participent involontairement à la déstabilisation de leur foyer … alors y’en a qui craquent … elles partent … pas parce qu’elles sont devenues autonomes – enfin, certaines, si – mais parce qu’elles peuvent pas assumer ce nouveau modèle qu’elles créent ou participent à créer. Je reste silencieux. Jamais je n’aurais imaginé que mon père, retraité de la fonction publique, petit fonctionnaire des impôts, puisse porter une telle analyse sur le monde qui nous entoure. Je n’imaginais même pas qu’il puisse "penser à ce point-là" surtout avec une telle lucidité, une telle acuité. J’en reste ébahi, étonné, estomaqué. Voyant que je ne réagis pas, il reprend: — Tu sais, de toute ma vie je n’aurais qu’un regret. Celui de ne pas vous avoir vu grandir, ta sœur et toi. Aujourd’hui, j’apprends plus auprès des gamins, de tes enfants, de ceux de ta sœur qu’en regardant la télévision, en lisant le journal ou en discutant avec les copains au bistrot. Et ça, c’est important. Dans ton malheur, petit, t’as une énorme chance …— Ah ! Tu trouves ?— Ouais. T’as la chance de pouvoir voir tes gamins vivre au quotidien, les aimer, les aider …— Tu parles, pour ...
    ... eux, j’ai l’impression d’être transparent et inutile …— Ne crois pas ça ! Ils t’adorent, mais ils ne comprennent pas toujours les choses …— Y s’en foutent !— Non… ils ne s’en foutent pas. On vient d’en parler, ensemble, dans le jardin … Mais vous, enfin toi et Elisabeth, vous ne leur parlez pas. Vous restez dans votre monde d’adultes, empêtrés dans vos problèmes, vos contradictions, vos difficultés, vos silences et vos non-dits … Comment veux-tu qu’ils devinent ce qui se passe ?— …— C’est sûr, c’est peut-être pas idéal comme solution, mais au moins, c’est un début. Et puis, ça permettra de parler avec ta femme.— Oui, mais pour lui dire quoi ?— Ben déjà, qu’il faut qu’elle arrête de se culpabiliser de te savoir à la maison et elle, au travail. Que c’est pas une solution que de s’abrutir au travail pour oublier que toi t’en as pas … Qu’en travaillant comme une brute, elle ne doit pas endosser une hypothétique part de travail qui devrait te revenir…— Facile à dire …— Non, je sais, pas facile à dire. Mais je suis disposé à t’aider …— Comment ?— J’sais pas … mais on va y réfléchir tous les deux et on trouvera bien une façon de faire. Et puis, il faut que tu parles aux enfants. Profite d’être disponible pour commencer … faut pas tout déballer et après, hop ! on se lave les mains une fois le fardeau déchargé sur les autres … Les gosses, ils veulent et peuvent comprendre mais surtout, il faut les rassurer, il faut qu’on leur donnent des pistes de solutions, même si ce sont des ébauches, ...
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