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Le voyage
Datte: 10/02/2018, Catégories: fh, volupté, cérébral, conte,
Quand on a décidé de se relaxer, le ronronnement lancinant de la perceuse n’est pas la musique de fond idéale. Il faut pourtant que je m’habitue: depuis qu’un immeuble s’est adossé à ma maison, l’emménagement des voisins s’accompagne de travaux bruyants. Franchement, j’aurais bien besoin d’un peu plus de calme. Surtout pour ce type de relaxation, croyez-moi ! Une méthode assez personnelle, que j’ai mise au point après de multiples lectures, tenant du yoga, des respirations connectées et du rebirth. Après pas mal d’essais infructueux, je commence à atteindre des résultats étonnants, un degré de liberté mentale remarquable. Et malgré mon scepticisme habituel, je dois le reconnaître, je progresse à chaque séance: je parviens de plus en plus vite et de plus en plus distinctement à dissocier mon esprit de mon enveloppe corporelle. Au point que depuis peu, je pense avoir atteint ce que les sages tibétains appellent le voyage astral. Je n’en parle pas autour de moi, car on aurait vite fait de me classer dans les illuminés, mais l’expérience est fascinante. Il fait chaud, sur mon lit. Je me tortille, pressé de rejoindre cet état second, mais la musique de la perceuse me taraude encore. Sans doute les nouveaux du deuxième, bobos exubérants, arrivés la semaine dernière. Rien à voir avec ceux du dessous, arrivés un mois plus tôt. Un couple, d’une discrétion presque maladive. Regard au ras du sol, le mari ne m’a jamais laissé entendre sa voix, même pour un bonjour. Cela frise ...
... l’impolitesse, mais bon! La femme, petite souris grise, ose parfois un bonjour fugace et à peine audible – et uniquement quand elle n’est pas accompagnée de son ours de mari. Pour tout dire, je les plains, j’imagine une vie sans relief, métro, boulot, dodo… Ouf, la chignole s’arrête, c’est le moment! Je referme les yeux. Quelques respirations amples, et mon organisme se régule de la tête aux pieds. Mentalement, je visionne mes muscles et les détends progressivement, d’abord les extrémités, remonter le long des membres, puis la tête, le tronc, le ventre… Focaliser ses énergies négatives et les évacuer par un point virtuel, au-dessus du nombril. Déjà, je me sens différent… Puis, laisser le corps plonger dans un moelleux repos tandis que l’esprit s’échappe de manière diffuse pour se concentrer au milieu de la pièce. Je me retourne vers mon lit. C’est mon corps que je regarde. Les premières fois, j’ai tout simplement cru que je rêvais. Mais la pratique aidant, j’ai pu m’assurer que je vivais vraiment ces moments-là. Certes, c’est un fonctionnement uniquement cérébral, mais beaucoup plus concret que les rêves. J’organise, je choisis. Me déplacer a été autrement difficile… Et un choc mémorable! Comme dans un film de science-fiction! Lassé de mes premières séances, où je flottais béatement entre les murs de ma chambre, j’ai découvert un jour que la porte n’était pas totalement un obstacle. Les premiers franchissements furent chaotiques et angoissants, mais depuis peu, j’exulte et je m’autorise ...