1. Le voyage


    Datte: 10/02/2018, Catégories: fh, volupté, cérébral, conte,

    ... corporelle, il m’injecte un produit à l’aide d’une seringue. Francis, mon ami de longue date, est à ses côtés. — … Vous comprenez, nous sommes des amis proches et quand je suis passé hier, je me suis dit qu’il dormait et je n’ai pas voulu le réveiller. Mais ce matin, ça m’a quand même paru bizarre, il n’avait pas bougé, toujours habillé sur son lit, alors je vous ai appelé. Un mal de crâne lancinant m’envahit. Qu’est-ce qu’il fait, ce docteur ? Dans mes lectures sur les voyages incorporels, j’ai lu qu’il ne faut pas réveiller les enveloppes charnelles. Mais rien sur les risques. Je tente de réintégrer mon corps. Résistance! C’est comme les premières fois où j’ai traversé un mur ! Mon corps résiste, s’oppose. — Il bouge, c’est bon. Il a du avoir un malaise, une faiblesse. Ce ne sera rien. Une fois, deux fois, trois fois, rien n’y fait, mon corps me repousse comme un intrus. Francis et le docteur parlent et mon enveloppe charnelle avec eux, d’une voix engourdie. Elle parle, se relève prudemment, les raccompagne sur le palier. Mais malgré toutes mes tentatives, impossible de réintégrer ce corps rebelle. Cela fait maintenant trois ou quatre semaines que je vis en marge. Oh certes, je réussis à intégrer mon corps plus ou moins, mais comment dire, je me sens étranger à ce corps, à mon autre moi-même! Alors, mon corps est devenu mon alter ego. À moins que ce ne soit l’inverse. Il vit sa vie et moi la mienne. Il se débrouille bien, je ...
    ... crois. Je renfile cette vieille peau parfois et je l’accompagne avec plaisir, on a tant de souvenirs en commun. Je lui raconte mes voyages. On a essayé mais il ne peut pas m’accompagner. Je crois que j’ai laissé en lui surtout la partie rationnelle du cerveau, et que j’ai conservé le rêve et l’imagination. Il m’envie et parfois, il ne me croit pas. Et vous, qui lisez ces lignes, doutez-vous ? Ne vous est-il jamais arrivé de regarder avec étonnement la personne qui partage votre lit, de lui dire « décidément, ce soir, tu m’étonnes » ? Ne m’en veuillez pas, je souris en pensant que la prochaine fois, vous penserez peut-être à moi dans ces moments intimes, en m’imaginant proche, un peu intrusif. Le pire, c’est que je serai peut-être effectivement là ! Ah-ah… C’est mon autre moi-même, celui qui reste dans mon corps, qui m’a soufflé l’idée de mettre par écrit cette histoire peu banale. Je lui ai dit qu’on l’écrirait ensemble, et mes autres voyages, aussi, et qu’ainsi, il les vivrait comme moi. Il dit que s’il raconte tout cela, on va le prendre pour un fou. Il a sans doute raison. Alors ce soir, pendant que son esprit rationnel se repose, je termine ces quelques lignes et je vais devoir prendre congé de lui, de vous. C’est l’été en Californie et j’ai repéré hier un beau mâle du côté de Beverly Hills. Il a prévu de passer quelques jours dans sa villa en bordure du Pacifique, et j’ai bien l’intention de l’accompagner. Il a invité Julia Roberts! 
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