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Les bagues de Chloé
Datte: 26/02/2018, Catégories: fh, inconnu, collection, amour, volupté, revede, init,
... repu par le plaisir, rassasié d’amour. A l’évocation de ses sombres images, son corps brûle, son ventre se tend. Pourtant, elle n’ose aller se caresser, s’offrir ce plaisir solitaire que son corps lui réclame, là, maintenant. Et sans attendre ni s’attarder, elle finit de se préparer, sans joie, pour affronter la vie, Sa vie. En ce matin de novembre, Chloé, au sortir de chez elle, resserre l’attache de son manteau pour éviter les premiers frimas de cet automne naissant, et d’un pas décidé claque les talons de ses bottes sur le pavé parisien, bien obligée d’oublier la frustration qui gronde en elle. À peine débarquée du taxi qui la dépose devant la cour d’honneur du palais de justice, elle doit fendre une foule compacte de journalistes qui assaillent les grilles et bloquent le passage. Jouant des coudes, Chloé tente de fendre cette foule compacte qui attend l’arrivée imminente de confrères venus défendre quelques hautes causes médiatiquement exploitables. Au passage, Chloé doit bousculer un grand gaillard qui fait obstacle de sa corpulence, pour atteindre le maigre cordon de gendarmes mobiles qui contrôle sévèrement les entrées. Énervée par cette confusion qu’elle trouve ridicule, Chloé pousse, tire, se faufile, joue des coudes, les rentre dans les flancs des hommes de presse, leur marche un peu sur les pieds, oublie de s’excuser et trace son sillage dans la marée. Reconnue par un gendarme, sa main et son bras secourable l’arrachent à la forêt de perches, de micros, de caméras ...
... et d’appareils photographiques. Enfin, elle peut respirer, adresse machinalement au passage un de ses plus beau sourires au jeune pandore et traverse à pas rapides la vaste cour, obliquant vers les escaliers qui montent aux salles d’audiences. Par deux fois au moins, dans cette matinée grise et sale, Chloé doit traverser les couloirs encore plus encombrés que d’habitudes. Par deux fois, elle se casse le nez sur le dos d’une veste en tweed brun et ocre qui sent le tabac blond et le vétiver. Mais pressée, oppressée par cette foule grouillante, Chloé ne peut s’excuser et continue tant bien que mal son chemin. Courageusement, elle accomplit son travail. Souvent l’esprit ailleurs, elle plaide ses dossiers comme un automate, sans ferveur ni foi dans ses arguments. Pourtant, par deux fois, elle obtient gain de cause dans des affaires qui pourtant étaient bien mal engagées et reçoit le regard noir des femmes abandonnées, comme un satisfecit de son professionnalisme. L’une d’entre elle, mais ce n’est pas la première fois, vient même l’insulter à la sortie du prétoire, en lui jetant à la figure qu’elle est « la honte de la gente féminine ! » et qu’il n’est pas étonnant que son ex-mari l’ait choisi comme avocate, car « t’es qu’une salope ! » vitupère-t-elle. Chloé reçoit ses insultes sans broncher. En habituée elle a aussi un air compatissant et de commisération envers ces femmes trompées et bafouées qu’elle vient, en plus, de spolier de leurs soutiens financiers. Souvent, après coup, ...