1. Le défi - Trois voix


    Datte: 12/03/2018, Catégories: nonéro, humour,

    ... de mon enfance, que je venais de trouver étranger, et le chez-moi adulte, où je me sentais étranger. Le matin, je me demandais en quoi j’étais spécial pour mes enfants, et là, je m’étais aperçu que je n’étais même pas spécial pour mes parents. Le fait d’avoir surpris ma mère ce matin, dans sa tenue légère, avec ses yeux tout brillants et tout gênés, c’est comme si soudain le voile se déchirait. Avant, je pensais que j’étais le centre de leur vie. L’aboutissement. Maintenant, je me rendais compte que j’étais un petit événement dans leur vie. Juste un épisode. Ils avaient commencé avant moi et ils continuaient après moi. Ça donnait le vertige. Et la nausée. (Mes parents dans un lit… Mon Dieu, il fallait que j’efface vite cette image, ou l’impuissance allait me tomber dessus avant même la quarantaine !) Je cachai mon visage dans mes mains. Que se passait-il ? Comment tout avait pu basculer ? Journée utile, journée futile… C’était ma vie qui était futile. Épisode pour mes parents, j’aurais pu naître autre, j’aurais pu ne pas naître. Épisode pour ma femme, qui se contentait de peu et me laissait être peu. Épisode pour mes enfants qui auraient préféré rester devant un dessin animé, sans se préoccuper de savoir où j’étais. Je savais pas trop où j’étais. Quand on est arrivés au musée, mon père, il s’est assis sur un banc, et il avait l’air fatigué. Ma sœur, elle est allée téléphoner dans un coin, près d’une statue. Alors moi, je suis allé voir les trucs dans le musée. Je m’y connais ...
    ... : on en a visité un, avec l’école. Le guide, il nous a tout bien expliqué, on a même inventé une histoire sur un tableau, et puis la maîtresse, elle nous a laissés aller où on voulait, pour choisir un tableau et le copier, avec nos feutres. Moi, j’avais choisi des poissons de l’espace. Ils étaient tout bizarres : le peintre, il avait mis trop de peinture, alors ils sortaient un peu du tableau. Pour faire sortir mes poissons, j’ai essayé de mettre trop de feutre, mais ça marchait pas, ça a fait un trou. Alors j’ai ramassé un peu de boue, sur le tapis de l’entrée, et je l’ai mis sur mes poissons, et comme ça, ils sortaient du dessin. On voyait presque plus le trou. La maîtresse, elle a eu l’air un peu surprise, quand elle a vu mon dessin, mais elle a rien dit. Là, les tableaux, ils étaient jolis, mais j’avais pas de feutres. Surtout un : dessus, il y avait une dame, et quand on s’approchait, on voyait que c’était pas une dame, c’était plein de points qui se touchaient presque, en forme de dame. J’aurais bien aimé le copier, celui-là, pour le montrer à la maîtresse. Dans ma poche, j’ai trouvé un avion en papier froissé que m’avait fabriqué Jo, l’amoureux de ma sœur. Comme c’est le divorce, entre eux, j’ai pensé que je pouvais écrire dessus. J’ai regardé autour de moi. Je ne voyais plus papa, ni ma sœur. Mais comme papa était fatigué, il n’allait pas vouloir me trouver un crayon, et ma sœur, elle aurait préféré crever, comme elle dit quand je lui demande de m’aider pour les mots ...
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