1. Croisements


    Datte: 22/09/2017, Catégories: f, h, fh, sport, amour, photofilm, Oral préservati, pénétratio, amourpass,

    ... mais en regardant ce gamin suer, lutter avec la roche, son regard se fit plus attentif. Il s’approcha et par derrière, modifia l’inclinaison du bras de Raphaël. — Tu te fatigueras moins comme ça. Raphaël avait envie de le repousser, lui et ses conseils. Il aurait eu envie de ne pas avoir besoin de son regard sur son travail, et pourtant il était à l’écoute de son souffle, du moindre de ses déplacements, il espérait un commentaire encourageant, il attendait tant de cet homme que cela décuplait sa rage. Il aurait voulu tout apprendre de lui, le serrer dans ses bras pour en extraire la sève et le génie. Il aurait voulu que son père soit là. Des larmes coulaient sur son visage sans qu’il n’y prête attention. Il voulait les cacher, mais le moindre geste aurait attiré le regard du maître sur lui. Après avoir fini le gros œuvre il échangea la pointe et la gradine pour le ciseau plat, il était épuisé par plus de quatre heures passées à faire éclater sa rage. Ses mains lui faisaient mal, couvertes d’ampoules, encore jeunes pour le maniement des outils. Il s’épongea le front avec sa manche, se remit à tailler sans relâche. Les cloques étaient ouvertes et chaque nouveau coup de massette lui mordait un peu plus la chair. Il avait dépassé sa douleur, il s’en servait, s’en nourrissait, oubliant même les yeux posés sur lui. C’est cette nuit-là que Raphaël était réellement devenu sculpteur, en découvrant que l’Art exigeait tout, qu’il devait tout donner à son œuvre, que créer était une ...
    ... façon de transcender la douleur, la peine, la mort. Luette était parti tard dans la matinée. Il était resté éveillé, à observer son élève jusqu’à ce qu’il soit tout proche. Alors, il lui avait laissé, posé sur son bureau, ses premiers outils, conservés religieusement dans une trousse de cuir usé par les années. Ce gamin méritait ce présent. En une nuit, il avait compris que même la colère contenait aussi de l’amour. Lui, il avait mis des années à le comprendre. Voilà pourquoi il avait toujours était excellent technicien, mais artiste moyen, sauf sur la fin de sa vie, lorsque cela n’importait plus. Raphaël l’avait entendu partir alors qu’il finissait à la lime les courbes et creux de calcaire. Il ne s’était pas retourné. Il avait cessé de pleurer, la colère était retombée, et bien qu’il ait les membres cassés et les yeux rongés par l’épuisement, il souriait. Il se recula pour avoir une vue d’ensemble. Là, devant lui, se tenaient, ouvertes, les mains de Luette. Puis il aperçut la trousse d’outils et sa joie se mua en étonnement. Durant cinq ans, ils s’étaient vus dans cet atelier, sans beaucoup parler. Luette était devenu pour Raphaël « Perluette ». Il débarquait parfois le soir, prodiguait quelques conseils muets et le regardait travailler. Le lendemain de la première exposition de Raphaël, il entra dans l’atelier, très ému. Raphaël l’attendait, la gorge serrée. Tous deux savaient. Le vieux tira une chaise et fit signe au jeune de s’asseoir en face de lui. Il le regarda très ...
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