1. Le choix de la Marhashka


    Datte: 04/09/2020, Catégories: fh, Oral pénétratio, conte, ecriv_f,

    Tous les conteurs sont des menteurs, je le sais, moi qui vous conte. Et si vous ne me croyez, voyez ce que je vais raconter. Dans ce pays, trop petit pour être un royaume, que l’on nommait les Trois Provinces, ne gouvernait ni roi, ni président, ni empereur. Pour choisir leur dirigeant, les habitants avaient suivi la voie de la sagesse : c’était une femme, la Marhashka, fille aînée de sa mère, la Marha, qui choisissait, en même temps que son compagnon, celui qui dirigerait la contrée. Et ce, jusqu’à ce que sa fille aînée, la nouvelle Marhashka, soit en âge à son tour de chercher un époux. Ce jour-là, le bruit s’était répandu très vite. De place en place, de rue en rue, de chemin en chemin, chacun délaissait son ouvrage et colportait la nouvelle : « la proclamation va être faite ! La Marhashka va prendre mari » Alors tous les jeunes hommes des Trois Provinces, et même nombre des moins jeunes, se réunirent sur la place de la Mahari. Certains étalaient comme des paons leurs parures, d’autres se défiaient pour prouver leur valeur. Quelques-uns, installés sous les arbres, affectaient un amusement distant devant tout ce tapage. Ils surveillaient néanmoins du coin de l’œil l’apparition de la Marhashka. Celle-ci parut. Elle portait les vêtements rituels, le diadème d’or couvrant presque entièrement le front, faisant ressortir le velouté de sa peau mate, le pectoral d’or également, et la longue robe de cérémonie, descendant jusqu’aux pieds. Son porte-parole, qui paraissait petit et ...
    ... terne à côté d’elle, déroula le parchemin qu’il tenait sous le bras. Il se racla la gorge, toussa trois ou quatre fois, leva le nez, et proclama. — La très Gracieuse, très Sage et très Vive Marhashka a déclaré ouvert le temps des épousailles. Elle recevra les hommages de ceux qui le souhaitent, ce jour, le lendemain et le jour suivant, en son jardin. La très Grande Marha l’assistera. Après trois jours écoulés, la Marhashka choisira celui qui sera son époux et le gouverneur des Trois Provinces. Qu’on se le dise ! Tous scrutaient le visage de la jeune femme. Elle était plus impassible qu’une statue de bronze. Une cloche sonna au loin, et, comme répondant à un signal, le porte-parole sauta de l’estrade, la Marhashka pivota lentement sur elle-même, sans qu’un de ses muscles ne semble bouger. Elle s’éloigna d’un pas saccadé d’automate, tandis que derrière elle une clameur naissait comme l’écume d’une vague. Tout le jour, la Marhashka, assise au pied de sa mère, assista impassible au saccage de son jardin par des centaines de prétendants. Ils n’obtinrent d’elle qu’un sourire hiératique, et parfois, un mouvement de menton de la Marha. On déclama des poèmes, on offrit des plantes rares, certains chantèrent leurs propres mérites et d’autres s’inclinèrent en bafouillant. Le porte-parole, d’une voix de plus en plus enrouée, annonçait chaque homme. De temps à autre, la Marhashka faisait signe à une petite fille pour qu’elle lui apporte, là son éventail, là un plateau de friandises, ou une ...
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