1. Le défi - Trois voix


    Datte: 12/03/2018, Catégories: nonéro, humour,

    ... matériel public, et que sa fille insulte et frappe une réceptionniste, c’est une journée AU MOINS futile. Je voulais passer la journée à réfléchir, pour savoir comment orienter ma vie, comment la rendre utile, si ça en valait la peine, et voilà, rien à faire. Je n’arrivais même plus à aligner deux pensées. — Papa… Je levai les yeux, énervé. Mon fils était en face de moi, assis. Il paraissait tout petit derrière son hamburger. Ma fille était à côté, les lèvres serrées, en train de trifouiller dans sa salade. Ma colère retomba. Quel flop de père. En une matinée, j’avais rendu mon fils malheureux et mis ma fille en colère. Belle performance ! Mon fils me regardait, tout triste. Que faire ? Je ne savais plus comment agir. Je n’arrivais même plus à me souvenir qu’un jour, j’avais su comment agir. — Papa… Tu m’en veux encore ? Que doit faire un homme quand on l’appelle papa ? Futile, utile… Comment on fait pour être utile ? C’était comme une ombre en moi, et j’étais englué dedans. Mes enfants grandiraient mieux sans moi. Il fallait que je sorte du noir. — Te fatigue pas, c’est même pas la peine, il pense qu’à nous larguer et à se tirer avec sa poufiasse. C’était ma fille qui venait de parler. Mais je ne comprenais pas ce qu’elle disait. Mon fils parlait d’éléphant, de poissons de l’espace, et ma fille parlait de… — Quoi ? Quelle poufiasse ? Au moment où les mots sortaient de ma bouche, je me rendis compte qu’elle avait deviné mon envie de partir. J’étais comme tiré de l’ombre, ...
    ... comme si mes pensées les plus honteuses – partir, abandonner, lâcher – étaient exposées devant les personnes qui en aucun cas ne devaient les connaître. Les mots avaient été prononcés, trop tôt, trop vite, qu’est-ce qu’elle me faisait, là, elle ? Elle zappait déjà la scène des adieux déchirants, des « Mais si, on va se revoir », des « T’en va pas » à la Elsa. Dans les films, c’est le père qui dit qu’il part, pas la fille. La fille, elle pleure, et le père, il la rassure. Tiens, là, j’aurais été utile, à rassurer mes enfants, à leur dire que même si je partais, ils seraient toujours dans mon cœur. Même comme père lâche, j’étais un flop. Ma sœur, c’est la championne du monde pour mettre les pieds dans le plat. Mon père, il bafouillait, il savait plus quoi dire. Elle est bizarre, ma sœur. Ça fait un moment que ça va pas trop bien, à la maison. Mais personne le dit. Si on le dit, ça fait comme si c’était vrai. Alors que si on le dit pas, c’est comme les cauchemars, ça reste sous le lit et ça sort que la nuit. Après, dans la journée, on est tranquille. J’ai pas compris tout ce qu’ils ont dit. En fait, c’est surtout ma sœur qui a parlé. Et quand elle râle, elle en finit pas. Et si on l’interrompt, elle devient Astérix, c’est Jo qui lui a dit, et puis il est parti en claquant la porte. J’étais dans ma chambre. J’aurais bien aimé voir ma sœur avec des moustaches blondes, mais j’ai pas osé regarder par le trou de la serrure. Mon père et ma sœur, ils parlaient avec une voix pressée, comme ...
«12...5678»